samedi 26 novembre 2011

LES ETATS INDIANISES DE L'ASIE DU SUD EST

Des fouilles archéologiques, effectuées à Oc-éo [1] confirment l’importance du Fou-nan comme escale principale sur la route maritime Inde-Chine.  
BC Gue, Collection Creezy Courtoy
Elles dévoilent un réseau de canaux et un port de commerce maritime, véritable emporium du Sud-Est asiatique où se retrouvent des objets venus de Rome, du monde méditerranéen, de l’Inde et de la Chine.


A la recherche des épices comme la cannelle, le poivre, la girofle, des résines et des produits précieux, destinés au Moyen Orient romanisé,  les marchands indiens ont non seulement véhiculé l’art et la religion mais aussi l’amour des fleurs, des odeurs et des parfums.
Au premier siècle de l’ère chrétienne, les navigateurs et marchands indiens sillonnent les mers du Sud et fondent des comptoirs qui deviennent des foyers de civilisation raffinée.  Ils apportent leurs dieux, leurs techniques et leur administration de façon purement pacifique.  Cela leur permet d’être immédiatement acceptés par les autochtones, qui sans résistance, s’indianisent, jusqu’au delta du Mékong et aux territoires bordant le golfe de Siam, sans qu’aucun lien politique ne les rattache à l’Inde.  Les indigènes livrent ainsi aux indiens les secrets des dangers du Mékong et des forêts impénétrables. 


Brûle Parfum XIXème
Collection Creezy Courtoy



Le Tchen-la, berceau des Khmers
Le rayonnement de la civilisation indienne du Fou-nan s’étend assez loin vers le Nord, jusqu’au moyen Mékong où se constitue un petit royaume raffiné : le Tchen-la, berceau des Khmers,  héritiers des Founanais.  Mais entre les royaumes indianisés du Sud et le Nam-Viêt sinisé du Nord, le conflit est inévitable.  Il commence au Xème siècle et se poursuit jusqu’aujourd’hui.

Vers 790 apparaît Jayavarman II, le fondateur de la royauté angkorienne.  Venu d’une région sous contrôle de Java, il rassemble différentes principautés et se fait sacrer en 802; « souverain universel », sur la montagne du grand Indra, le roi des dieux[2].



Angkor Vat et  Khmer  
Collection Creezy Courtoy


Jayavarman II, libéré de l’allégeance due à  Java, devient Roi des Rois sur Terre, sous la protection de Shiva. Si le fondement religieux de la monarchie angkorienne est dû à Jayavarman II, ce sont ses successeurs qui créent les grandes fondations typiques de la centralisation angkorienne.

 Suryavarman II [3], le « Protégé du Soleil » s’empare du pouvoir et d’Angkor en 1113, son désir de puissance lui fait conquérir toute l’Indochine méridionale et il devient le plus puissant souverain d’Asie en dehors de l’Empereur de Chine. De religion vishnouïste, il fait ériger le célèbre temple montagne d’Angkor Vat.
Le style d’Angkor Vat est le sommet de l’art Khmer, l’apogée des États indianisés, mais aussi le dernier moment de l’art shivaïte, cette tradition implantée par les indiens douze siècle auparavant.



Lance-parfums XIXème
Collection Creezy Courtoy


Angkor, la Résidence des Rois Khmers


En 1280, Marco Polo aborde au Cambodge la civilisation Khmer.


Elle est à son apogée et ses souverains au faîte de la puissance.  Le parfum y est utilisé sous forme de baguettes d’encens ou d’aspersion d’eau lustrale lors de la consécration royale.   Angkor y est la résidence des rois Khmers et le Mékong, une voie royale. Pendant les cérémonies religieuses, de l’encens est brûlé en grande quantité, les hommes, les femmes et les enfants font des offrandes de fruits, de gâteaux et de fleurs aux bonzes qui les aspergent, en retour, d’eau parfumée, en signe de purification et de bénédiction. Les statues de Bouddha sont couvertes de feuilles d’or, de pétales de fleurs et de parfums.





Récipients en argent cloisonné polychrome
Angkor XVIIème  Collection Creezy Courtoy
La Tunique d'Invulnérabilité
La remise de la tunique d’invulnérabilité[5] s’accompagne d’encens et de parfum. Cette tunique en toile de coton revêtue d’inscriptions magiques est destinée à protéger le guerrier. Lors de la cérémonie de sacralisation, après avoir allumé bougie et encens, le responsable de cérémonie verse quelques gouttes de parfum dans un pot à demi rempli d’eau et le dépose face à lui.  Assis sur une natte, il récite des prières en tenant le tissu.  Puis il en revêt le suppliant et l’arrose de parfum à l’aide d’une feuille de bananier taillée et roulée en pinceau.  Ce rituel d’imposition du talisman purifie son bénéficiaire et lui assure l’invulnérabilité. Ces tuniques étaient encore portées sous l’uniforme, il n’y a pas si longtemps, pendant la guerre du Vietnam.




Peinture sur soie,
Collection Creezy Courtoy


Les Femmes et le Tanaka
Les femmes telles des asparas, sont éblouissantes et leur sourire ne fait pas qu’effleurer les pierres des temples montagnes. La journée, elles se couvrent le visage de tanaka, poudre blanche obtenue en broyant une écorce d’arbre. Cette poudre mêlée à l’eau forme une pâte aux propriétés protectrices des rayons du soleil.

Dès leur plus jeune âge elles soignent leur corps, jusqu’au bout des ongles et comme Shiva incarnent le monde magique de la danse grâce à la souplesse de leurs bras et  de leur mains.  Pour danser lors des cérémonies, elles relèvent leur longue chevelure de jais, puis la recouvrent d’une coiffe d’or. Avec du khôl, elles ombrent leurs grands yeux noirs en forme d’amande.
Elles revêtent des sarraus de soie multicolores et des parures étincelantes. Elles prolongent la finesse et la grâce de leurs mains par de longs ongles dorés.




Porte-collyres Khmer
Collection Creezy Courtoy
Bâtonnets à fards Khmer
Collection Creezy courtoy



La danse khmer est autre chose qu’un divertissement, elle est une initiation, une incarnation dont le vêtement cousu sur le corps permet la métamorphose. Des baguettes de parfum, des bougies en cire d’abeille et des feuilles de bétel sont offerts au Génie de la Danse avant la représentation. Dans un bol d’eau sacralisée nagent des herbes et des fleurs destinées à faire obtenir le succès, à conserver la beauté, et un peu de cette eau est versée sur chaque tête.
Cette étonnante célébration précède le spectacle en lui-même où au travers des fumées d’encens et des lueurs de bougie, l’on peut admirer ces danseuses aux tiares étincelantes et aux gestes que des exercices continus d’hyper extension des bras des mains et des jambes rendent plus qu’humains.
Pendant ce temps, les guérisseurs, chamanes, qu’ils soient snang ou borameï,  prennent en charge thérapeutique le malade en allumant des baguettes d’encens devant  un autel et en aspergeant le malade d’eaux parfumées.




Le XIIème siècle marque un tournant dans l’histoire du Sud-Est asiatique.  Tandis que la poussée des Mongols de Koubilaï Khan ébranle la Chine et ses voisins méridionaux, les Thaïs, dans le bassin du Ménam, se libèrent de la suzeraineté khmère et les dynasties angkoriennes prennent fin.

Porcelaines polychromes XVIII ème et XIXème
Collection Creezy Courtoy





[1] Actuel Sud Vietnam
[2] En théologie indienne
[3] 1113-1145
[4] 1181-vers 1219
[5] Doha mehr-o mahabat

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