mercredi 25 janvier 2012

LE MOYEN AGE, LES UNIVERSITES ET LES SAVOIRS


La prééminence de l'Eglise freine l'évolution des sciences. Pour assurer son salut, il n'y a qu'une référence: la Bible.  Le christianisme devient religion d'Etat et l'Eglise entre en conflit avec la raison.
La Messagère, flacon porcelaine Jacob Petit
XVIIIème - Collection Creezy Courtoy
Les monastères deviennent les conservatoires du savoir.  Les plantes médicinales sont cultivées dans les couvents, les moines recopient et traduisent les textes de Galien, d'Aristote, d'Hermès, de Dioscoride, de Pline.  Ils révèlent les remèdes et les secrets de beautés connus dans l'antiquité grecque et romaine et font, grâce aux traduction des manuscrits arabes, la synthèse de toutes leurs connaissances passées.
Certaines recettes sont à la limite de la magie tant les ingrédients sont étranges.  Leur fabrication et leur utilisation se font à certaines heures, certains jours, suivant la trajectoire des planètes, à la lumière du soleil ou au déclin de la lune...
L'importance de Salerne
Au XIIème siècle, l'école de Salerne, dans le sud de l'Italie, est le seul établissement à dispenser un enseignement médical de qualité.
Pendant plusieurs siècles, on y diffuse les savoirs antiques traduits de l'arabe en italien, ou en latin. On y enseigne aussi bien en grec qu'en arabe.  Les enseignants n'y sont pas des clercs comme dans la plupart des autres universités d'Occident, mais des laïcs pratiquant la médecine.
Le respect porté aux textes Grecs (Hippocrate, Galien) ou arabe (Avicenne) ne permet à personne de s'écarter de la conception des 4 humeurs fondamentales du corps humain: le sang, la flegme, la bile jaune et la bile noire, cause de toutes les maladies.

A partir du XIIIème siècle, à l'instigation de Raymond Lulle et d'Arnaud de Villeneuve, théologiens, philosophes et alchimistes, l'alcool de vin, considéré pour ses vertus revigorantes sera utilisé comme "eau de vie". Ils introduisirent l'emploi de l'alcool, de l'essence de térébenthine et des vins médicinaux en thérapeutique et firent de la distillation une opération courante de la pharmacie. Arnaud de Villeneuve emprunta aux Arabes les secrets de la distillation mais aussi de macération  des plantes et de leur utilisation dans l'élaboration de remèdes et de cosmétiques. 
Les parfumeurs montent dans l'échelle sociale.  Leurs premiers statuts leur seront accordés en 1190 par Philippe Auguste.


Les Premières Universités: Paris, Montpellier et Padoue
En 1215,  Philippe Auguste crée la première véritable Université de Paris.
Celle de Montpellier sera fondée en 1220, celle de Padoue en 1222.
La faculté de Montpellier prône un enseignement plus libre, plus laïque et aura davantage de succès que celle de Paris, n'étant pas régie par l'Eglise.  Bien que l'éducation médicale reste sommaire, toutefois, on y enseigne notamment les "simples" (études des plantes médicinales) et son enseignement se base davantage sur les savoirs divulgués par les Grecs et les Arabes. 
A Paris, en revanche, en 1395, la Faculté de Médecine ne possède que 13 livres et se contente d'enseigner les textes de Galien.  Aucun ouvrage d'Hippocrate n'y figure.
On y enseigne exclusivement en latin et l'enseignement porte sur les "choses naturelles", l'anatomie, la physiologie et l'hygiène.
Au début, cette faculté ne possède pas ces propres locaux: maîtres et escholiers se réunissent à l'Eglise des Mathurins ou à Notre-Dame de Paris.  Ce n'est qu'en 1470 que la faculté de médecine à Paris dispose enfin de ses locaux rue de la Boucherie, à l'initiative de Charles Despars, premier médecin de Charles VII.
Une dizaine d'années plus tôt, en 1452, le Cardinal d'Estonteville affranchit les médecins de l'obligation du célibat.
Les Hôtels-Dieu qui représentent une des manières d'exercer la charité chrétienne demeurent très éloignés du précepte de l'Ecole de Salerne.  On y soigne les malades et on y accueille les miséreux.  Ce sont de véritables "mouroirs chrétiens" dans lesquels les malades sont souvent placés à deux ou trois dans le même lit, ce qui favorise la vermine et la diffusion des épidémies comme le typhus, la variole ou la peste.
Le contraste entre ces hôpitaux occidentaux et les hôpitaux arabes de la même époque n'en est que plus grand.


L'imprimerie et la diffusion des savoirs
Grâce à l'imprimerie découverte au milieu du XVème siècle, la science de la parfumerie prend de l'extension.
Désormais, toutes les recherches pourront être imprimées.
Malgré  les difficultés de l'époque et l'Inquisition, les recherches amenées par les médecins arabes seront publiées et permettront une évolution beaucoup plus rapide des sciences et de la technique de la parfumerie.

A la fin du XVI ème siècle, les premières publications allemandes, les premiers traités de botanique (composition des essences...), des traités de distillation (alambics..) seront publiés. Toutes ces publications permettront la diffusion des nouveaux savoirs et donneront ainsi naissance à la parfumerie moderne: la parfumerie alcoolique.
Quelques décennies plus tard, les grandes académies scientifiques voient le jour au XVII ème siècle et encouragent les savants.
En 1657, l'Académie des Expériences à Florence, en 1660, la Royal Society à Londres, ainsi que le premier journal scientifique en 1665: "Philosophical Transactions".
Colbert crée l'Académie Royale des Sciences à Paris en 1666. Suivent Berlin en 1700, Uppsala en Suède en 1710, St Petersbourg en 1725. 
Scène champêtre, et joueur de cornemuse, flacons Jacob Petit . XVIIIème, Collection Creezy Courtoy

jeudi 19 janvier 2012

LE MOYEN AGE EN EUROPE


Le Moyen Âge, Lepape - Collection Creezy Courtoy



































"Dans un coffre de cèdre protégé de tapis de l'Orient, un grand nombre de flacons de verrerie fine, ornés d'or et d'argent, aux bouchons de vermeil ou de pierres précieuses, tenaient enfermésdans leurs flancs chamoirés tous les parfums et toutes les senteurs de l'Arabie Heureuse." Chanson de Roland


Les Chevaliers, au retour de leurs périlleux voyages ramènent à leurs dames les parfums d'orient.  Le goût de l'hygiène parfumée découverte par les européens en Orient au moment des croisades répond au souci de propreté très répandu au Moyen-Âge, où, seules les senteurs fortes peuvent combattre les pestilences.
Avec la montée du christianisme, les épidémies et les invasions barbares, le luxe des parfums régresse, mais des femmes comme Clothilde (475-545), épouse de Clovis, ou Frédégonde (545-597), épouse de Chilperic Ier, utilisent des parfums fort capiteux.
La femme médiévale fait peu d'usage des cosmétiques.  Son teint est blanc, relevé d'une touche de rose sur les pommettes. La beauté est naturelle.
Pour sa toilette, elle possède un meuble appelé "damoiselle à atourner" composé d'un miroir le plus souvent en argent ou en étain poli et d'une tablette sur laquelle sont disposés peignes, pommades et huiles.
Tandis que les cheveux sont blondis, les vêtements demeurent parfumés avec des fleurs de violette et de racines d'iris broyées.

Le Bain du Samedi, Jour du Bain.
Les bains publics aménagés près des cloîtres accueillent les chevaliers au moins une fois par semaine.  L'usage exige le bain du samedi, qui deviendra "le jour du bain".
Il faut noter que la notion d'hygiène n'est pas toujours la même que celle d'aujourd'hui: être propre signifie bien souvent enfiler un vêtement propre.
Toutes les formes de bains sont déconseillées, de peur que la dilatation des pores permette l'invasion du corps par les microbes.
Porcelaine de Paris XVIIIème, Châtelain et châtelaine. Collection Creezy Courtoy



jeudi 5 janvier 2012

L'ALLEMAGNE, DES INDUSTRIES AUX EAUX MIRACULEUSES

Eau de Cologne, Rhinegold, Collection Creezy Courtoy



Des Verriers des Régions Rhénanes
Dans l'antiquité, Cologne, la riche cité militaire du nord, possédait une des verreries les plus connues, la seule capable de concurrencer les Alexandriens et les Syriens.
L'industrie du verre s'implante dans le nord de la Gaule dés le début du Ier siècle.  Des ateliers sont recensés dans la vallée de la Meuse et en Belgique, mais surtout dans les régions rhénanes.  L'intense activité dans les zones de fortification en bordure de frontières "le Limes" favorise l'artisanat.  Le verre profite de cette influence.
Cologne et Trier deviennent des centres connus dans l'ensemble des provinces romaines.  
Le succès de ces verreries durera un peu plus d'un siècle.
En 337, à la mort de Constantin la qualité du verre s'amoindrit. 
Les verreries allemandes utilisèrent le verre opaque blanc (milchglass). Il fut souvent décoré de fleurs ou de dessins aux couleurs émaillées et dorées puis au fur et à mesure, remplacés par des matières plus précieuses telles que l'argent et la porcelaine.





Dresdre, Collection Creezy Courtoy






Dresdre, Collection Creezy Courtoy

Des Secrets de fabrication de l'Or et de la Porcelaine
En 1700, Johan Friedrich Böttger, alchimiste possède, dit-on, le secret de fabrication de l'or.
Il doit fuir Berlin pour échapper au roi de Prusse. Un an plus tard, il est invité et escorté militairement par l'électeur de Saxe Auguste le Fort.  Celui-ci s'intéresse à ses découvertes, mais 3 ans plus tard, n'ayant pas encore vu la moindre once d'or, il lui fait orienter ses recherches sur la céramique.
En 1707, avec le physicien E. Walter von Tschirnhausen, ils obtiennent des grès rouges (appelés porcelaine de Böttger) qui sont ensuite travaillés par des tailleurs de cristal de Bohême et polis au tour.
L'Atelier de Dresde trop petit, est rapidement remplacé par la manufacture de Meissen.
Et deux ans plus tard, après la mort de Tschirnhausen, Böttger découvre le kaolin, une fine terre blanche qui fera toute la réputation des porcelaines de Meissen.





Flacon Meissen, XVIIIème
Collection Creezy Courtoy






Flacon Meissen, XVIIIème
Collection Creezy Courtoy






Flacon en argent
Collection Creezy Courtoy

Des Eaux Miraculeuses 
Les eaux miraculeuses avaient été créées vers la fin du Moyen-Age.  Dès le XIVème siècle, elles deviennent très à la mode et devant les restrictions religieuses, leur propriété principale prend une tournure curative et même miraculeuse. Par exemple, en 1380, un moine donne à la reine Isabelle de Hongrie un flacon contenant une de ces eaux magiques, que l'on baptisera ensuite  "Eau de Hongrie".

Grâce à son action bienfaisante, la vieille reine, infirme, rhumatisante et souffrant de la goutte se trouve miraculeusement transformée et épouse son voisin le roi de Pologne.





Flacon en argent,
Collection Creezy Courtoy

Eau Divine, Eau sans Pareille, Eau de Mélisse, Eau des Carmes et Eau de Cologne se boivent, servent à la friction et parent à tous les maux.
A la même époque, à Florence, au couvent Santa Maria de Novella, nait une autre eau miraculeuse: l'Aqua de Regina.
C'est semble t-il une bénédictine allemande, à Bingen, qui inventa l'eau de lavande et développa la distillation de la girofle, du souchet odorant et de la graine de paradis.









Flacon en argent émaillé
XVIIIème, Collection Creezy Courtoy






L'Eau de Cologne
"Nulle eau ne donne à la peau une aussi agréable jeunesse" Pauline, la Princesse Borghèse
En 1693, un italien, Giovanni Paolo Feminis, commercialise à Cologne deux eaux miraculeuses: l'Eau de la reine et l'Eau Admirable (Aqua Mirabilis). Gian Maria Farina, son neveu devient en 1732 propriétaire de la maison Farina et se consacre uniquement à la fabrication de l'Aqua Mirabilis, que les clients étrangers surnomment plus simplement l'Eau de Cologne.





Flacon "rouleau" créé pour Napoléon
Collection Creezy Courtoy







Le Flacon de Napoléon
Les troupes de passage à Cologne entre 1756 et 1762 se chargent de faire la publicité de cette eau légèrement parfumée qui transforment les soldats en "Valets des Senteurs".
Napoléon prend des bains d'eau de Cologne, il en porte constamment sur lui. Un flacon est créé spécialement, à sa demande, le flacon "rouleau", flacon plat à l'arrière, à glisser dans la botte.
A Cologne, la concurrence se développe et chacun tente de prouver qu'il possède la véritable formule de l'Eau de Cologne.
En 1865, 39 maisons prétendent avoir la formule, mais, seules deux maisons survécurent. L'une qui trouve son origine dans la famille Farina, est ouverte en 1792 par Wilhelm Muelhens au n°4711 d'une rue de Cologne (Glockenhaus) et est célèbre pour son Eau de Cologne Originale 4711, baptisée également Rhinegold, l'Or du Rhin.










L'étui à parchemin
Collection Creezy Courtoy


   Parchemin et Formule Secrète
Lors de son mariage, ce riche fils de banquier obtient d'un moine un parchemin renfermant la formule secrète d'une Aqua Mirabilis, eau aux vertus médicinales.
L'autre française fondée à Paris en 1808 par un authentique Jean Marie Farina qui abandonne le qualificatif "pharmaceutique" pour celui de "produit de parfumerie".
Cette société est reprise plus tard en 1862, par la société parisienne fondée par l'association
d'Armand Roger et de Charles Gallet.
En 1831, un autre parfumeur fait beaucoup parler de lui: Gustav Lohse.  Etabli à Berlin Ouest, au 46 Jägerstrasse, il devient rapidement le fournisseur de toute la haute société prussienne, des cours d'Autriche et de Hongrie.













XVIIIème, Martin de Meytens. Collection Creezy Courtoy



Des Premières Molécules de Synthèse

Si c'est un anglais; William Henry Perkin,  qui découvre la coumarine en 1868,  les chimistes allemands ne sont pas en reste, ils vont faire progresser l'industrie du parfum en développant la chimie de synthèse, avec Liebieg et Wöhler qui découvrent, en 1837, le benzaldéhyde au parfum d'amande amère, Tiemann et Haarmann qui découvrent en 1874 la vanilline donnant ainsi la possibilité aux compositeurs de parfums de se passer de certains produits naturels. 
A bon escient, les allemands utilisent toutes les ressources de la science chimique.
La molécule synthétique est une nouvelle conception qui aura bientôt toute sa place (et aujourd'hui toute la place) dans la gloire et le développement de l'industrie de la parfumerie.